En août 2025, la Cour constitutionnelle portugaise (Cour constitutionnelle) a livré un décision historique (Acórdão n.º 785/2025) sur la constitutionnalité de plusieurs amendements à la loi sur les étrangers (loi n.º 23/2007, du 4 juillet), tels qu'introduits par Décret parlementaire n° 6/XVIILes amendements, qui visaient à réformer le cadre juridique de l'entrée, du séjour, de la sortie et de l'éloignement des étrangers du territoire portugais, ont fait l'objet d'un contrôle constitutionnel préventif à la demande du Président de la République. La décision de la Cour, rendue en séance plénière, a non seulement examiné les aspects substantiels et procéduraux du processus législatif, mais a également suscité un débat important parmi les juges, comme en témoignent de nombreuses opinions dissidentes.
Cet article donne un aperçu du raisonnement majoritaire de la Cour, des principaux points d’inconstitutionnalité identifiés et des principaux arguments avancés par les juges dissidents.
Le contexte législatif
Les amendements examinés visaient à renforcer les conditions de regroupement familial, à prolonger les délais de décision pour les demandes de séjour et à introduire de nouvelles règles procédurales de protection juridictionnelle contre les actes ou omissions administratives de l'Agence pour l'intégration, la migration et l'asile (AIMA, IP). Le processus législatif a été accéléré, avec une consultation limitée d'entités externes, un fait constaté mais non jugé constitutionnellement déterminant par la Cour.
La décision majoritaire de la Cour
1. Regroupement familial : les changements restrictifs jugés inconstitutionnels
Les changements les plus significatifs concernaient le droit au regroupement familial des résidents étrangers. Le nouveau régime a instauré un délai de carence de deux ans avant qu'un résident puisse demander le regroupement familial avec des membres adultes de sa famille, et a limité le regroupement immédiat aux seuls enfants mineurs. La Cour a estimé que ces restrictions constituaient une atteinte disproportionnée au droit à la vie familiale, protégé par les articles 36(1) et (6), 67(1), 68(1) et 69(1) de la Constitution. La majorité a estimé qu'un délai de carence aussi strict, sans possibilité d'exceptions au cas par cas, ne respectait pas le principe de proportionnalité et l'intérêt supérieur de l'enfant, et était incompatible avec la Constitution portugaise et les normes internationales pertinentes, notamment la Convention européenne des droits de l'homme et la directive européenne sur le regroupement familial.
2. Conditions d'exercice du droit au regroupement familial
Les amendements ont également introduit de nouvelles exigences, définies de manière vague, pour le regroupement familial, telles que « un logement normal pour une famille comparable dans la même région » et « des moyens de subsistance suffisants ». La Cour a jugé que, si ces concepts n'étaient pas inconstitutionnels en soi, la délégation de leur définition détaillée à des réglementations gouvernementales (portarias) n'était autorisée que pour des aspects techniques ou secondaires. Cependant, la disposition permettant au gouvernement de définir des « mesures d'intégration » supplémentaires pour les demandeurs et leurs familles, en utilisant le terme « à savoir » (spécifiquement), a été jugée comme violant l’exigence constitutionnelle selon laquelle les éléments essentiels des droits et leurs restrictions doivent être fixés par la loi parlementaire et non par un règlement exécutif.
3. Délais de décision et élimination de l'approbation tacite
La nouvelle loi a prolongé le délai de décision administrative sur les demandes de regroupement familial de trois à neuf mois (prorogeable à dix-huit mois) et a supprimé la règle antérieure d'approbation tacite en cas de silence administratif. La Cour a estimé que, combiné au délai d'attente de deux ans, cela pouvait aboutir à un délai d'attente minimum de trois ans et demi pour le regroupement familial, ce qui a été jugé excessif et inconstitutionnel pour les mêmes raisons que celles mentionnées ci-dessus.
4. Protection judiciaire : restrictions aux procédures urgentes
Un nouvel article 87-B a été ajouté à la loi sur les étrangers, limitant le recours à une procédure judiciaire d'urgence (intimação para proteção de direitos, liberdades e garantias) contre l'AIMA aux cas où l'acte ou l'omission administrative cause un préjudice « manifestement grave, direct et irréversible » aux droits de la personne, et lorsqu'aucune mesure provisoire effective n'est disponible. La Cour a estimé que cette restriction constituait une limitation excessive du droit à une protection juridictionnelle effective (articles 20(1) et 268(4) de la Constitution), notamment compte tenu des réalités pratiques des retards administratifs et de la nécessité de recours rapides en matière de migration.
5. Résumé de la décision
La Cour a déclaré inconstitutionnelles les dispositions suivantes :Article 98(1) et (3) : Règles restrictives en matière de regroupement familial.Article 101(3) : Délégation des exigences essentielles d'intégration à la réglementation gouvernementale.Article 105(1) (en conjonction avec l'article 98(3)) : Délais d'attente cumulatifs excessifs.Article 87-B(2) : Restriction excessive de la protection judiciaire urgente.D'autres dispositions, notamment les conditions générales d'hébergement et de moyens de subsistance, ont été confirmées.
Opinions dissidentes
La décision a été accompagnée de plusieurs opinions dissidentes, reflétant une profonde division au sein de la Cour.
1. Respect du pouvoir discrétionnaire du législateur
Plusieurs juges dissidents ont soutenu que l'approche de la majorité restreignait indûment le pouvoir discrétionnaire du législateur en matière de politique migratoire, notamment dans un contexte de fortes pressions sociales et économiques sur les services publics. Ils ont souligné que le droit au regroupement familial, bien que fondamental, n'est pas absolu et peut être soumis à des conditions raisonnables, notamment des délais d'attente, comme le reconnaissent la Cour européenne des droits de l'homme et la Cour de justice de l'Union européenne. Les juges dissidents ont noté que le délai d'attente de deux ans est expressément autorisé par la directive européenne sur le regroupement familial, à condition que des exceptions soient possibles dans des cas individuels, une garantie qui, selon eux, est présente dans le droit portugais par le biais d'autres dispositions.
2. Sur le rôle de la régulation exécutive
En ce qui concerne la délégation des mesures d’intégration à la réglementation gouvernementale, les juges dissidents ont soutenu que l’utilisation du terme « à savoir » (spécifiquement) devrait être interprété de manière restrictive, limitant le gouvernement à spécifier uniquement les mesures déjà décrites dans la loi, et tout excès pourrait être corrigé par un contrôle judiciaire des réglementations elles-mêmes.
3. Protection judiciaire
Sur la question de la protection judiciaire urgente, les dissidents ont soutenu que les nouvelles restrictions étaient justifiées par le volume extraordinaire de litiges et d’arriérés administratifs, et que le droit à une protection judiciaire effective n’exige pas la disponibilité de procédures urgentes dans tous les cas, tant qu’il existe des recours alternatifs.
4. La nécessité de proportionnalité et de sensibilité contextuelle
Les opinions dissidentes ont souligné à plusieurs reprises la nécessité pour la Cour de faire preuve de retenue et de reconnaître les arbitrages politiques complexes qu'implique le droit des migrations, notamment en temps de crise. Elles ont mis en garde contre la transformation de la Cour en une « seconde législature » et ont appelé à une approche du contrôle de constitutionnalité plus nuancée et plus sensible au contexte.
Conclusion
La décision de la Cour constitutionnelle sur les modifications de 2025 à la loi sur les étrangers marque une intervention significative dans la politique migratoire portugaise, réaffirmant la primauté des droits constitutionnels à la vie familiale et à une protection juridictionnelle effective, tout en soulignant les limites du pouvoir discrétionnaire du législateur dans ce domaine sensible. Les opinions dissidentes vigoureuses soulignent le débat actuel sur l'équilibre entre droits individuels et intérêts collectifs dans le contexte migratoire, et le rôle des cours constitutionnelles dans la médiation de cet équilibre.
Il appartient désormais au Parlement de corriger le projet de loi à la lumière de la décision du tribunal.
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