Correction fiscale tardive et droits des contribuables – Un récent jugement du Tribunal administratif du Centre-Sud (TCAS), daté du 3 avril 2025, apporte un nouvel éclairage sur le rôle de l'Autorité fiscale portugaise (Autoridade Tributária – AT) et sa responsabilité en cas d'erreurs dans les évaluations fiscales, notamment lorsque ces corrections sont apportées tardivement, même pendant un litige en cours. L'affaire, numérotée 2621/16.0BELRS, portait sur le droit d'un contribuable à des intérêts compensatoires (juros indemnizatórios) lorsque l'AT révoque une partie d'une évaluation de l'IRS (impôt sur le revenu des personnes physiques) de sa propre initiative.
Cadre juridique et question centrale
Au cœur du litige se trouvait l'interprétation de l'article 43(1) de la Lei Geral Tributária (LGT), qui stipule que des intérêts compensatoires sont dus en cas d'« erreur imputable aux services ». La question centrale est de savoir si une correction administrative effectuée alors qu'un litige est en cours signale automatiquement une telle erreur, ouvrant ainsi le droit du contribuable à des intérêts.
Conclusion du tribunal de première instance : une occasion manquée de correction en temps opportun
Le tribunal de première instance a estimé que l'administration fiscale disposait de documents suffisants pour justifier une annulation partielle lors de l'émission de l'avis d'imposition initial. Plus précisément, des justificatifs de services rendus par deux sociétés avaient été soumis antérieurement. Le tribunal a donc conclu que l'administration fiscale avait commis une erreur de fait et de droit et n'avait pas agi dans les délais, remplissant ainsi les conditions pour le versement d'intérêts compensatoires.
La défense de l'administration fiscale : absence de faute, procédure équitable
En appel, l'AT a soutenu que la révocation d'une partie de l'avis d'imposition ne résultait pas d'une erreur, mais de la conformité avec les nouveaux documents fournis par le contribuable. Selon l'AT, aucun acte illicite ou négligence ne pouvait justifier des intérêts compensatoires, mais simplement un ajustement au regard de la loi (articles 41 et 8 du Code des impôts) et de données complémentaires.
Décision du TCAS : le contexte est important pour déterminer la responsabilité et les droits des contribuables
Le TCAS a finalement retenu une position nuancée. La Cour a affirmé que la révocation, même à l'initiative de l'AT, peut, sous certaines conditions, constituer une reconnaissance d'erreur. Ce qui importe est de savoir si les éléments ayant conduit à la correction étaient disponibles lors de l'évaluation initiale.
Dans ce cas, les documents nécessaires avaient été présentés pour deux des prestataires de services, ce qui fait de l'inaction de l'AT une « erreur manifeste imputable aux services ». Par conséquent, le contribuable a droit à des intérêts compensatoires sur cette partie de la facture d'impôt.
Toutefois, le tribunal a jugé que l'erreur ne pouvait être imputée à l'AT d'un tiers fournisseur, dont les documents n'avaient été déposés qu'avec la plainte. Le défaut de soumission de ces documents plus tôt incombait au contribuable, ce qui excluait cette partie des demandes d'intérêts.
Points clés à retenir
- « L’erreur imputable aux services » ne nécessite pas de constatation judiciaire formelle ; une révocation administrative fondée sur des données existantes peut suffire.
- La rapidité de la documentation est essentielle. Si les contribuables ne fournissent pas les preuves essentielles dès le début, ils risquent de perdre leur droit aux intérêts compensatoires.
- L’analyse au cas par cas est essentielle pour attribuer la faute et établir la responsabilité financière de l’administration fiscale.
Réflexions finales sur les droits des contribuables
Cette décision réaffirme que si les contribuables ont des droits, ils ont également des responsabilités, notamment en ce qui concerne la collaboration avec l'AT en temps opportun. Pour les professionnels comme pour les contribuables, elle souligne l'importance de soumettre des déclarations complètes, rapides et bien documentées lors des procédures fiscales.
Cela témoigne également d'une prise de conscience croissante de la part des juges de la nécessité de demander des comptes aux autorités publiques lorsque leurs retards ou leurs négligences affectent injustement les contribuables. L'évolution de la jurisprudence devrait s'accompagner d'une diligence accrue de la part des deux parties en matière fiscale, qui préparent et présentent leurs dossiers.

Miguel Pinto-Correia est titulaire d'un master en économie internationale et études européennes de l'ISEG – Lisbon School of Economics & Management et d'un baccalauréat en économie de la Nova School of Business and Economics. Il est membre permanent de l’Ordre des économistes (Ordem dos Economistas)… Lire la suite



