Ces derniers mois, le Portugal a connu une tentative législative pour rééquilibrer l'intégration, la sécurité et la citoyenneté. Deux décisions plénières historiques de la Cour constitutionnelle (Décisions n° 1134/2025 et n° 1133/2025) ont réaffirmé de manière décisive le cadre constitutionnel régissant la nationalité portugaise.
Le message est sans équivoque : la citoyenneté portugaise est un statut constitutionnel renforcé, protégé comme un droit fondamental, une liberté et une garantie. Elle ne saurait être affaiblie par des raccourcis punitifs, des automatismes rigides ou des concepts juridiques indéterminés susceptibles d’entraîner l’arbitraire. Pour les résidents de longue durée et les citoyens naturalisés, ces décisions apportent une sécurité juridique essentielle.
1. La perte de la nationalité portugaise comme sanction pénale : pourquoi la Cour l’a rejetée
Le Parlement a proposé d'introduire une sanction pénale accessoire consistant en la perte de la nationalité portugaise, applicable uniquement aux binationaux, pendant les dix années suivant la naturalisation. La Cour constitutionnelle a rejeté cette approche dans l'arrêt n° 1134/2025, relevant plusieurs violations constitutionnelles :
- Traitement inégal entre citoyens portugais, fondé uniquement sur le mode d'acquisition de la nationalité, contraire au principe constitutionnel d'égalité. Confusion conceptuelle entre les infractions pénales ordinaires et les crimes impliquant des atteintes à la loyauté envers l'État, tels que le terrorisme.
- La création d’une période de « citoyenneté probatoire », incompatible avec la Constitution.
- Une sanction fixe et automatique, déconnectée de toute culpabilité individuelle et de toute notion de proportionnalité.
La Cour a clairement indiqué que la citoyenneté conditionnelle n'existe pas en vertu de la Constitution portugaise. Toute déchéance de nationalité, si elle devait être admise, exigerait des circonstances exceptionnelles, un lien direct avec une conduite déloyale et un cadre juridique strictement proportionné et adapté.
2. La naturalisation et le mythe du « seuil de condamnation »
Un autre amendement législatif visait à interdire l'accès à la naturalisation aux personnes condamnées à des peines de prison de deux ans ou plus, y compris les peines avec sursis et les infractions par négligence.
Dans son arrêt n° 1133/2025, la Cour constitutionnelle a réaffirmé une jurisprudence constante : les sanctions pénales n’entraînent pas automatiquement une restriction des libertés civiles. L’article 30, paragraphe 4, de la Constitution interdit expressément de tels effets.
Toute restriction d’accès à la nationalité portugaise doit satisfaire à des exigences strictes de proportionnalité, notamment une évaluation individualisée de :
- Le degré d'intégration sociale du candidat,
- Leur parcours de vie au Portugal,
- Les circonstances concrètes de l'infraction.
Les exclusions générales fondées sur des seuils de condamnation ont donc été jugées inconstitutionnelles.
3. Opposition fondée sur des motifs « comportementaux » vagues : l’incertitude juridique est rejetée.
Le corps législatif a également tenté d'introduire une opposition à la nationalité fondée sur un prétendu « rejet définitif et ostentatoire » des institutions, des symboles ou des valeurs communautaires portugaises.
La Cour constitutionnelle a fermement rejeté cette approche dans l'arrêt n° 1133/2025. Les questions d'acquisition et de perte de nationalité relèvent d'une réserve législative absolue et doivent se conformer à des normes strictes de déterminabilité juridique.
Des clauses vagues de cette nature :
- Absence de contenu juridique objectif,
- Risque d'atteinte aux libertés d'expression et d'association,
- Ne peut être corrigé ou clarifié par des instruments réglementaires.
En conséquence, cette disposition a été déclarée inconstitutionnelle.
4. Consolidation de la nationalité : la bonne foi ne peut être sanctionnée
En droit portugais, la nationalité se consolide après une période déterminée. Le législateur a tenté d'empêcher cette consolidation en cas de fraude commise en amont par un tiers, même si le citoyen avait agi de bonne foi.
La Cour constitutionnelle a rejeté ce raisonnement dans l’arrêt n° 1133/2025, réaffirmant un principe constitutionnel fondamental : les sanctions sont personnelles. La Constitution n’autorise pas les peines indirectes ou « réflexes » fondées sur le comportement d’autrui.
L'acquisition de la nationalité de bonne foi est protégée par la Constitution.
5. Périodes de résidence et règles transitoires : les attentes légitimes comptent
Enfin, la Cour a abordé les modifications apportées aux règles régissant le calcul des périodes de résidence légale, notamment la suppression du temps accumulé pendant que les demandes de résidence étaient en cours d'examen.
Dans l’arrêt n° 1133/2025, la Cour a jugé que l’application immédiate de telles modifications, sans mesures transitoires, viole :
- Le principe de protection des attentes légitimes,
- Le principe d'égalité, notamment dans un système marqué par des lenteurs administratives.
- L’innovation législative ne peut être imposée rétroactivement en requalifiant des changements de fond en « règles interprétatives ».
Conclusion : Que reste-t-il après l'intervention du tribunal ?
Prises ensemble, ces décisions réaffirment plusieurs certitudes constitutionnelles fondamentales :
- La citoyenneté portugaise est un statut constitutionnel solide, et non une extension de la peine pénale. Les décisions de naturalisation nécessitent une évaluation individualisée et proportionnée, et non des exclusions automatiques.
- La clarté et la typicité juridiques sont non négociables en matière de nationalité.
- La bonne foi protège les citoyens contre les pertes dues à la mauvaise conduite de tiers.
- Les réformes structurelles du droit exigent des régimes transitoires adéquats. Concrètement, la Cour constitutionnelle a clairement défini ses limites et a renvoyé l'initiative législative à la case départ. Elle a également tracé la voie à suivre pour toute réforme future visant à concilier sécurité, intégration et légalité constitutionnelle.
Note consultative
Pour les résidents de longue durée et les citoyens naturalisés portugais, ces décisions renforcent considérablement la sécurité juridique. Néanmoins, les questions de nationalité demeurent très contextuelles et juridiquement complexes, et sont susceptibles d'évoluer au cours de la prochaine période législative. Évaluation professionnelle Elle est essentielle chaque fois que des changements législatifs ont un impact sur la planification individuelle en matière de résidence ou de citoyenneté.
Si vous souhaitez analyser comment ces décisions interagissent avec votre situation particulière, il est toujours conseillé de faire appel à des conseils juridiques et fiscaux personnalisés.
Cet article est fourni à titre d'information générale uniquement concernant la perte envisagée de la nationalité portugaise et ne constitue pas un avis juridique, fiscal ou en matière d'immigration. Les informations qu'il contient sont fondées sur des sources publiques, notamment les arrêts n° 1133/2025 et n° 1134/2025 de la Cour constitutionnelle, ainsi que sur la législation et la jurisprudence en vigueur à la date de publication.
Ce contenu vise à offrir un aperçu général des principes juridiques et des interprétations constitutionnelles et ne saurait se substituer à un avis professionnel adapté à votre situation particulière. L’application des règles portugaises en matière de nationalité, d’immigration et de séjour dépend des circonstances individuelles et peut évoluer au fil du temps en raison de modifications législatives, de la pratique administrative ou de décisions de justice ultérieures.
Aucune responsabilité n'est acceptée pour toute action entreprise ou non entreprise sur la base des informations fournies dans cet article. Il est fortement conseillé aux lecteurs de consulter un professionnel indépendant avant de prendre toute décision relative à la nationalité, au lieu de résidence ou au respect du droit portugais.
Cette publication ne crée aucune relation avocat-client, conseiller-client ou relation fiduciaire.
La fondation de Madeira Corporate Services remonte à 1996. MCS a commencé comme prestataire de services aux entreprises au sein du Madeira International Business Center et est rapidement devenue une société de gestion leader… En savoir plus



